Entrevue avec Madeleine Stratford

Madeleine Stratford est poète, traductrice littéraire et professeure agrégée de traduction à l’Université du Québec en Outaouais. Son premier recueil de poésie, Des mots dans la neige (éditions Anagrammes, 2009), lui a valu le Prix de poésie Orpheus 2009 en France. Elle a publié des traductions littéraires dans différentes revues et anthologies, dont Calque, Corresponding Voices, K1N et Alba Londres. Sa traduction française du recueil Lo que hay que decir tiene grietas (Ce qu’il faut dire a des fissures) de la poète uruguayenne Tatiana Oroño (Paris, L’Oreille du Loup, 2012) a remporté en 2013 le prix John-Glassco de l’Association des traducteurs et traductrices littéraires du Canada et a aussi reçu en 2012 une mention du jury du prix de traduction Nelly-Sachs en France. En juin 2014, Mme Stratford a été choisie comme participante au Centre international de traduction littéraire de Banff pour travailler sur sa traduction française de Voluptuous Pleasure (Voluptés) de Marianne Apostolides (La Peuplade, 2015).

PETINF14-QuebecReads-Favicon-32x32Quel rapport entretenez-vous avec la littérature du Québec? Est-ce que vous vous souvenez du premier livre québécois que vous avez lu?

J’adore la littérature québécoise, surtout la poésie. Évidemment, il est difficile de se souvenir de son tout premier livre, mais le titre qui me vient en tête en ce moment est Cent dangers, une bande dessinée de Caroline Merola. Mon oncle André Boisvert me l’avait donnée quand j’étais enfant. Plusieurs années plus tard, j’ai interviewé Mme Merola pour un cours de bandes dessinées et de romans graphiques que je suivais au cégep.  Voilà qui démontre l’impact que ce livre a eu sur moi!

Aussi, quand j’avais 15 ans, un professeur du secondaire nous a fait lire La belle bête de Marie-Claire Blais au secondaire. J’étais secouée, et je n’étais pas certaine de vouloir lire d’autres livres. Mais cet été-là, j’ai découvert Bonheur d’occasion, la poésie de Nelligan, et celle de Saint-Denys Garneau. J’ai aussi lu Les Belles-sœurs de Michel Tremblay, et je suis tout simplement tombée amoureuse. J’ai compris qu’il était possible d’écrire dans une langue qui ressemblait à la mienne, contrairement au français de France, qui m’était quelque peu étranger.

Lorsque j’étais au cégep, j’ai été frappée par le fait qu’il ne fallait pas nécessairement être un « vrai » Québécois pour appartenir à la littérature du Québec. Gabrielle Roy, par exemple, est originaire d’Alberta, et Daniel Poliquin est Franco-Ontarien, mais ils sont souvent présentés comme des écrivains québécois. Je fais aussi référence ici à de nombreux auteurs que nous en sommes venus à appeler « auteurs migrants », comme Dany Laferrière et Sergio Kokis. Lorsque le Québec aime un auteur, il a tendance à se l’approprier. Ce phénomène semble toutefois être typiquement francophone. Pour ce qui est des écrivains anglophones, même s’ils sont nés dans la province et qu’ils y ont grandi, la scène culturelle est moins disposée à les traiter comme des auteurs québécois. L’exemple le plus flagrant est celui de Mordecai Richler, mais il y en a plusieurs autres. Cela m’a toujours dérangée.

PETINF14-QuebecReads-Favicon-32x32Selon vous, qu’est-ce qui définit la littérature québécoise? Êtes-vous plus portée à lire la littérature québécoise en français ou en anglais?

J’ai lu davantage de poésie québécoise que de prose, alors ma réponse portera sur cette forme d’écriture. Je crois qu’il y a une volonté particulière de « posséder » le français écrit, et cette tendance peut prendre plusieurs formes. Parfois, les poètes seront « plus français que les Français », mais de façon générale, la langue française sera altérée, parsemée de mots anglais ou de joual (comme dans les œuvres de poètes de la contre-culture des années 70), par exemple, ou fortement féminisée (je fais ici référence à des poètes comme Nicole Brossard et Yolande Villemaire). La poésie a toujours servi à exploiter, à déconstruire et à réinventer la langue, mais cet exercice prend un sens ontologique, voire politique chez les poètes québécois : la langue devient un moyen de clamer une sorte de différence, de singularité, de particularité.

Le Québec aime sortir du lot. Je crois que le désir de se construire une « identité » est non seulement omniprésent dans la poésie, mais dans toute la littérature québécoise.

J’imagine que je n’y échappe pas. Lorsque j’écris (que ce soit en français, en anglais, en espagnol ou en allemand, mais principalement en français), je m’efforce aussi de prendre forme sur papier. Ainsi,  je peux lire mes écrits comme si je me regardais dans le miroir pour la première fois ou que j’écoutais ma voix enregistrée, découvrant ce qui me fait parler de cette façon et ce qui fait de moi la personne que je suis.

Pour répondre à votre deuxième question, je commencerai par une « réponse piège ». Au cours des dernières années, j’ai lu beaucoup de traductions espagnoles de poésie québécoise (latino-américaines, pour la plupart), et certaines sont incroyables. Mónica Mansour a très bien traduit Nicole Brossard, tout comme l’a fait Silvia Pratt avec d’innombrables poètes québécois. Maintenant, pour répondre concrètement à votre question, j’ai tendance à lire la littérature québécoise dans la langue originale, c’est-à-dire en français ou en anglais, selon la langue maternelle de l’auteur. Parfois, l’envie me prend de traduire ces auteurs dans l’autre langue afin de partager mon amour. C’est ce qui m’est arrivé lorsque j’ai lu la poésie de Louise Desjardins. J’ai tout simplement commencé à la traduire en anglais de façon compulsive, puisque je l’aimais tellement et que je voulais la faire connaître au monde anglophone. On verra où cela me mène!

PETINF14-QuebecReads-Favicon-32x32Qu’est-ce qui vous captive le plus dans les livres que vous lisez?

J’aime lorsque les auteurs marient différents registres non seulement dans les dialogues, mais dans la narration à proprement parler : quand ils y parviennent, ils démontrent un réel talent artistique. Aussi, j’adore lorsqu’il y a différents narrateurs ou un changement inattendu de point de vue narratif. Mais principalement, j’aime me faire raconter une bonne histoire qui me donne envie de dévorer le livre d’une traite… et je n’exclus pas la poésie, puisque les poèmes racontent aussi des histoires. Toutefois, mon rapport avec la poésie est différent : il ne s’agit pas d’avoir envie de lire un recueil d’une traite, mais plutôt de vouloir relire plusieurs fois certains poèmes, à voix haute et dans ma tête.

J’ajouterais que c’est précisément ce qui m’a attirée vers l’œuvre de Marianne Apostolides, que j’ai traduite pour La Peuplade : une formulation poétique, un mélange de registres, plusieurs changements de narrateurs et une histoire bien racontée. Lorsque j’ai commencé à traduire Voluptuous Pleasure (Bookthug, 2012), je savais que ce livre comportait de nombreux défis. Composé de neuf histoires « réelles » basées sur la vie de l’auteure et celles des membres de sa famille, le livre brouille constamment les frontières de la vraie vie et de la fiction, remettant en question l’acte même d’écrire des histoires, et l’Histoire en soi. Il était important de reproduire le rythme, particulièrement dans les dialogues, ainsi que de garder un équilibre entre la langue parlée et écrite. Quand j’ai lu le livre, je me suis dit qu’il aurait pu (voire même qu’il aurait dû) avoir été écrit à Montréal; c’est ce que j’ai gardé à l’esprit pendant que je le traduisais en français. Il s’agissait de ma première traduction d’un livre de fiction (j’avais principalement traduit de la poésie auparavant), et c’était la première fois que je me sentais libre de traduire un texte dans un français qui m’était propre, sans essayer de cacher mes racines québécoises.

PETINF14-QuebecReads-Favicon-32x32Selon vous, quels sont les romans et les livres les plus importants à avoir été écrits au Québec? Je me questionnais à ce sujet l’autre jour. Quel est le meilleur livre jamais écrit au Québec (que ce soit en français ou en anglais)? Je n’en ai aucune idée. Et vous?

Je répondrais spontanément Regards et jeux dans l’espace de Hector de Saint-Denys Garneau, pour la poésie, et pour ce qui est de la fiction, je dirais La love de Louise Desjardins. Ces deux livres me touchent à un point tel qu’il m’est difficile d’en parler. Ils me vont droit au cœur pour des raisons différentes, et me laissent sans voix. Quand un moulin à paroles comme moi ne parvient pas à trouver les bons mots, c’est signe qu’il s’agit d’une œuvre spéciale, vraiment très spéciale.

PETINF14-QuebecReads-Favicon-32x32Croyez-vous qu’il y a une raison qui explique pourquoi si peu d’œuvres publiées en français au Québec sont traduites en anglais? (Et pensez-vous qu’un plus grand nombre de celles-ci serait traduit si ce n’était pas des subventions de traduction?)

Je ne m’arrêterais pas à la paire de langues français-anglais. Une grande partie de la littérature québécoise est traduite à l’étranger, en particulier en espagnol. C’est tout de même impressionnant, vu la grosseur de notre industrie littéraire. À vrai dire, la littérature québécoise est en marge des littératures canadienne et francophone. Bien qu’elle soit une littérature « mineure », elle jouit d’une diffusion assez large. Il est évident que les livres québécois sont traduits en grande partie grâce aux subventions de traduction du Conseil des arts du Canada (et, à plus petite échelle, de la SODEC). (Je ne saurais trop insister sur l’importance de ces programmes de subvention!) Mais ils sont aussi traduits parce que le Québec a exporté des biens culturels (versions originales françaises et traductions) dans le but de faire connaître la province. Cet exercice a fonctionné, dans une certaine mesure. Par exemple, la deuxième fois que je suis allée à Mexico, je restais chez une amie, et son colocataire, qui n’était pas impliqué dans l’industrie littéraire (il a étudié la philosophie, mais est devenu un entrepreneur), m’a dit : « Hé! Tu viens du Québec! J’ai une anthologie de poésie qui vient de là. C’est vraiment bien! » Et il m’a montré l’anthologie en question.

J’étais stupéfaite. Je me suis dit : « La littérature québécoise traverse les frontières du Canada; ce n’est pas une blague. »

Quelque chose de semblable m’est arrivé à Berlin. Un gars que je ne connaissais pas (Till Bardoux) m’a approchée et m’a dit : « Hé! Tu viens du Québec! Pourrais-tu m’aider avec ma traduction allemande de L’avalée des avalés? Je suis tombé amoureux de ce livre; je devais le traduire. » Comment aurais-je pu dire non? Nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises pour étudier les subtilités du français de Ducharme. Till avait déjà traduit des livres de philosophie, mais il s’agissait de sa première traduction d’une œuvre de fiction, en plus d’être son projet fétiche. Il a remué ciel et terre pour trouver un éditeur. Quand il a enfin réussi, ils ont appris que les droits venaient tout juste d’être vendus à un autre éditeur. Il s’est alors battu auprès de cet éditeur pour être le traducteur du roman, et il y est parvenu. Voilà qui démontre à quel point il était tombé sous le charme du travail de Ducharme. Je ne peux songer à une plus belle histoire d’amour impliquant la littérature québécoise!

PETINF14-QuebecReads-Favicon-32x32Si vous deviez recommander un livre à une personne n’ayant jamais lu d’œuvre québécoise, lequel choisiriez-vous?

J’aimerais que les gens choisissent une traduction littéraire « réalisée au Québec », qui contribue tout autant à l’héritage culturel québécois. Alors, par exemple, ils pourraient lire le dernier Madeleine Gagnon traduit par Howard Scott et Phyllis Aronoff (As Always, Talonbooks, 2015), ou le tout nouveau Howard Roiter, traduit par Pier-Pascale Boulanger (De perte en fils, Éditions Le bout du mille, 2015). À mon avis, ces livres sont doublement québécois parce qu’ils ont été écrits et traduits ici. N’est-ce pas merveilleux? Mais des livres de partout dans le monde traduits au Québec peuvent devenir québécois… Tout comme n’importe quel livre écrit ici peut intégrer le patrimoine québécois, peu importe l’origine de son auteur.


Traduction : Fannie Legault-Poisson

Cette entrevue avec Madeleine Stratford est apparue en premier sur QuebecReads.com, nouvelle vitrine pour la littérature québécoise, en traduction anglaise et en version originale anglaise.

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George Henry Borrow (1803-1881) Lavengro, philologue et traducteur

Par Karin Montin

Traduction : Fannie Legault-Poisson


Mon professeur d’interprétation disait à la blague que si l’on maîtrisait deux langues, on pouvait devenir un traducteur; si c’étaient trois, un interprète; et six, un chauffeur de taxi.

Selon cette logique, George Henry Borrow aurait pu tenir les rênes d’un fiacre à Londres toute sa vie. Toutefois, même s’il crut d’abord qu’il s’agissait d’une profession sans perspective d’avenir, il sut dès son jeune âge qu’il serait un philologue.

M. Borrow connaissait très bien le latin et le grec, comme tous les garçons anglais éduqués de l’époque. À l’âge de 16 ans, il parlait déjà l’écossais, l’irlandais et il commençait même, étonnamment, à apprendre le romani. À 18 ans, il maîtrisait 12 langues, dont l’italien, le français, l’espagnol, l’allemand, le gallois, le danois et le portugais, sans compter l’ancien arménien. Ce qui peut paraître incroyable, avouons-le.

Son père travaillait à titre de conseiller en recrutement dans l’armée; sa famille devait donc souvent se déplacer. Ainsi, M. Borrow apprit l’écossais dans les rues d’Édimbourg. Un jour, en Irlande, il prêta un jeu de cartes à un camarade de classe en échange de leçons de conversation irlandaise.

Il apprit les bases du français et de l’italien à l’aide d’une grammaire quadrilingue et en suivant des cours après l’école avec un prêtre normand, qui lui enseigna aussi l’espagnol. Il finit également par trouver quelqu’un pour lui donner des leçons d’allemand.

Il n’avait peur de rien et était un bon marcheur. Lorsqu’il n’étudiait pas, il se promenait un peu partout dans la campagne et parlait à toutes sortes de gens. Il entretenait une relation particulière avec les membres d’une gentille famille rom. Au premier abord, ceux-ci furent impressionnés par sa capacité à manipuler les serpents. Ils le surnommèrent pour cette raison sap-engro, qui signifie « attrapeur de vipères », mais ça, c’est une tout autre histoire.

Avide de connaissances et doté d’une mémoire exceptionnelle, M. Borrow assimilait de nouveaux mots dès qu’il les entendait. Il apprit énormément au fil du temps sur les histoires et traditions des mots. Il se renseignait toujours pour savoir comment dire certaines choses et faisait part des termes qu’il avait appris. Son intérêt sincère et son égalitarisme jouèrent en sa faveur auprès des Roms, eux qui étaient souvent victimes de préjugés.

Plus il rencontrait de familles qui voyageaient, plus sa réputation de Romany rye (gentleman gipsy) le précédait. Il était difficile à manquer : il mesurait six pieds quatre pouces et avait déjà des cheveux grisonnants. Il reçut ainsi son nouveau surnom, lavengro, qui signifie « maître des mots ».

Ses études terminées, il devint clerc d’avocat afin de gagner sa vie. Sa formation l’ennuyait à mourir, alors il se mit à étudier le gallois pour « garder le moral ». Il apprit cette langue sans grande difficulté puisqu’il parlait déjà l’irlandais. Il traduisit le grand poète gallois Dafydd ap Gwilym dans ses temps libres.

Un jour, il reçut un vieux livre relié en bois contenant des poèmes danois. Puisqu’il avait beaucoup de mal à comprendre et qu’il était incapable de trouver une grammaire ou un dictionnaire, il décida d’apprendre la langue autrement : en lisant en parallèle une Bible danoise, assez facile d’accès, et la version anglaise de la Bible du roi Jacques, qu’il connaissait bien.
Après avoir abandonné sa formation, il se rendit à Londres avec quelques pièces de monnaie en poche et ses deux traductions. Il rencontra des éditeurs, mais, sans grande surprise, ceux-ci ne pensaient pas qu’il y avait un marché pour ses traductions.

Il trouva tout de même du travail chez un éditeur. Pour ce dernier, il constitua un recueil des « vies et procès de Newgate » (il paya lui-même tous les documents de recherche) et fit des critiques de livres. M. Borrow traduisit également en allemand le livre de philosophie de ce même éditeur (le monde n’est pas en forme de pomme, mais de poire). Il devait le faire pour continuer à avoir du travail, mais il finit par abandonner. Il connaissait bien l’allemand, mais pas la philosophie.

Alors qu’il était presque sans le sou, il vit une annonce d’un concours d’écriture de contes et de romans. Il s’empressa d’écrire une histoire en moins d’une semaine, oubliant presque de manger ou dormir. Ce récit deviendra son chef-d’œuvre, Lavengro.

Suivra ensuite Romany Rye, roman dans lequel M. Borrow prend la route en caravane et devient pendant quelques mois un petulengro, c’est-à-dire un forgeron et un rétameur. Les deux livres constituent un compte rendu fictif de sa vie et de ses aventures en Angleterre et au pays de Galles.

À mesure que M. Borrow apprenait différentes langues, il les comparait sans cesse entre elles, cherchant à comprendre comment elles étaient interreliées. Il remarqua avec intérêt que des mots appris de ses amis roms se retrouvaient dans d’autres langues, comme l’arménien et le gallois. À l’époque, on croyait que les Roms venaient d’Égypte (d’où le mot « gipsy »), mais certains érudits commençaient à se rendre compte qu’ils étaient en réalité d’origine indienne. Les philologues s’affairaient à trouver des preuves linguistiques de leur hypothèse. George Borrow était de ceux qui rassemblaient les pièces du casse-tête en faisant des liens entre le sanskrit, le hindi et le romani.

Par la suite, il travailla pour une société biblique et passa deux ans en Russie (eh oui, il était parvenu – Dieu sait comment – à se débrouiller en russe). Là-bas, il supervisa la traduction de la Bible en mandchou (une langue parlée dans le nord de la Chine). Au point où l’on en est rendu, il y aurait de quoi devenir sceptique. Pendant qu’il était en Russie, il publia Targum; or Metrical Translations from Thirty Languages and Dialects.

Il vécut ensuite vécu cinq ans en Espagne, où il « diffusait les Saintes Écritures ». Il avait déjà publié sa traduction du Faustus de Klinger et celle d’un recueil de poésie danoise (The Romantic Ballads), mais ce sont les deux ouvrages à succès inspirés de ses années passées en Espagne qui le rendirent célèbre : The Zincali: An Account of the Gypsies in Spain and The Bible in Spain. Lavengro et Romany Rye parurent une dizaine d’années après son retour en Angleterre. Il rédigea aussi le premier dictionnaire romani-anglais, Lavo-Lil, qu’il s’empressa d’achever lorsqu’il apprit qu’un concurrent le talonnait. À sa mort, il aurait laissé plusieurs traités sur la poésie ainsi que des traductions du norrois, du russe et du turc.

Toutefois, même si George Borrow était un auteur original, il n’était peut-être pas l’érudit qu’il croyait être. John Sampson préfère le décrire ainsi : « Borrow était un grand linguiste, mais tout de même négligent, et il n’était assurément pas un philologue. » M. Sampson donne de nombreux exemples du « curieux idiolecte romani » de M. Borrow. Selon M. Sampson, « même si c’est grâce à lui que plusieurs se sont mis à l’étude de cette langue des plus intéressantes, sa propre maîtrise du romani laissait à désirer. »

Il y a également lieu de se questionner à propos de l’accent qu’il avait quand il parlait toutes ces langues, apprises essentiellement dans les livres ou grâce à des professeurs qui n’étaient pas des locuteurs natifs.

Tout compte fait, George Borrow n’était pas forcément l’érudit le plus accompli et peut-être qu’il ne parlait pas couramment les langues auxquelles il s’est intéressé. Cela dit, il mena tout de même une vie fort intéressante et écrivit des livres fascinants. Beaucoup sont accessibles gratuitement sur les sites de l’Université d’Adélaïde et du projet Gutenberg. Sans oublier qu’il était aussi un traducteur.

Avertissement : certaines argumentations passablement longues méritent d’être sautées, mais les livres numériques ne permettent pas toujours d’identifier rapidement la fin d’un passage.


Sources

“Borrow, George Henry.” Micropedia (Chicago: Encyclopedia Britannica, 1992) 2:396.
Borrow, George. Lavengro; The Scholar, The Gypsy, The Priest (London: John Murray, 1852).
Borrow, George. Romany Rye. With Notes and an Introduction by John Sampson. Derived from by the 1903 Methuen & Co. edition. Adelaide: eBooks@Adelaide, 2014.

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